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Ce matin le Président de la République nous proposait de réformer les territoires pour réformer la France.

Si l’idée est louable, si l’utilité est incontestable, la mise en œuvre est loin d’être remarquable.

« Réformer les territoires pour réformer la France » : une réforme sans fond ni forme

La France est administrée et découpée sur des bases datant de l’époque Napoléonienne pour les Départements et des années 60 pour les Régions.

Enfin, depuis une dizaine d’années, à ces deux échelons, se sont ajoutées les intercommunalités.

Millefeuille territorial, compétences (dé)partagées, financements saupoudrés, argent public éparpillé, assurent un flou artistique dans lequel les français se perdent, et pire, perdent confiance en leurs élus locaux, régionaux et nationaux.

Nos Départements font rire outre-manche et au-delà des Alpes et des Pyrénées, chez nos amis européens qui, eux, ont supprimé les institutions départementales devenues obsolètes à l’heure de la mondialisation et de la régionalisation des territoires.

Une réforme est nécessaire, elle est même indispensable. Il nous faut repenser la spatialisation du territoire.

Cette réforme doit s’axer sur deux ambitions. D’abord, la défense des intérêts des français qui vivent, travaillent, et se déplacent dans ces régions, et la défense de la France vis-à vis de nos partenaires et concurrents.

Pour cela, il convient non pas de prendre en compte la seule cohérence démographique, comme le propose le Président de la République, mais bien une cohérence économique, culturelle, d’aménagement du territoire (via nos ports et aéroports), tout cela en pensant et repensant l’identité régionale.

Ici, je défends une grande région méditerranéenne, allant de Perpignan à Nice, en passant par Montpellier et Nîmes. Et hier déjà, en tant que Président du SCOT, j’avais lancé les assises de l’arc méditerranéen, réunissant les acteurs de l’aménagement du territoire des régions du Languedoc Roussillon et de PACA.

Partons des bases existantes de partenariats qui fonctionnent, universitaires, hospitaliers, culturels. Nous avons des exemples de réussite avec des pôles de compétitivité, des clusters qui dynamisent nos Régions. Nous pourrons alors travailler avec les pays du nord de l’Afrique en nous inspirant du Partenariat Euromed, et nous aurons ainsi la taille critique nécessaire pour négocier avec nos partenaires dans les domaines de la politique, de la santé, de la culture

Assez des négociations entre copains pour faire plaisir aux uns et aux autres, assez de ces réformes sorties du chapeau, assez de ces projets d’énarques à la dérive cherchant l’idée du siècle pour éviter la noyade.

Il faut une réforme globale (Intercommunalité-Département-Région), rapide (ne pas attendre 2020 pour la suppression des Conseils généraux), mais qui associe les élus (locaux et nationaux) et qui prenne en compte les identités des régions, les spécificités de chacune d’entre elles afin de créer véritablement des entités puissantes, cohérentes, capables de répondre aujourd’hui, aux défis de demain.

Alors je dis oui à une réforme, mais non à celle-ci.

Franck Proust