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Tribune/Europolitique: "Mesdames et Messieurs les Commissaires: qu'allez-vous faire des aéroports régionaux?"

Par Franck Proust.
 
Europolitique_Tribune_Franck_Proust_2014.02.11.pngS'apprête-on à vivre la fin d'une ère dans le transport en Europe? Le développement économique local, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est-il menacé?

La Commission, avec son projet de réforme des aides d'État pour les aéroports régionaux, va-t-elle les sacrifier sur l'autel de la libre concurrence?

La folie des grandeurs d'un aéroport régional espagnol, aujourd'hui en faillite, va-t-elle servir de prétexte à la Commission pour étouffer tous les autres? Ne voit-elle pas la contestation grandir? Prend-t-elle la mesure des conséquences catastrophiques de cette stratégie?

Mesdames et Messieurs les Commissaires: prenons garde! Réformer les aides d'État en faveur des aéroports régionaux? D'accord. Renforcer les règles pour éviter les abus et le gaspillage d'argent public? Bien entendu! Mais mettre en danger la santé économique des aéroports régionaux, outils de croissance par excellence pour des centaines de régions européennes, est-ce vraiment ce que nous voulons, ce que vous voulez?

C'est au titre de mes deux missions, comme député européen mais aussi comme élu local, que j'ai décidé de porter la mobilisation au Parlement européen. Il était impensable que la plus haute représentation directe des peuples européens, premiers touchés par cette réforme, ne puisse faire entendre sa voix.

J'ai pris la liberté d'interpeller certains d'entre vous pour défendre les aéroports régionaux. Le 14 novembre, j'ai envoyé au président Barroso une lettre ouverte cosignée par 52 de mes collègues, toutes tendances politiques et de toute l'Europe. Le message est limpide: en tant qu'élus de ces territoires, nous sommes inquiets, particulièrement pour les aéroports de moins d'1 million de passagers par an. Ils représentent environ la moitié des 450 plateformes aéroportuaires européennes. En 2011, ils ont apporté plus de 16 milliards d'euros au PIB et représentaient plus de 250 000 emplois. Ce sont de formidables outils pour l'aménagement du territoire et la mobilité.

Mais un aéroport régional n'est pas une entreprise comme une autre. La Commission se fonde sur le seul critère comptable. Or, tous les chiffres le démontrent: en-dessous d'1 million de passagers par an, le fonctionnement d'un aéroport n'est pas rentable sans aide publique. Est-il pour autant inutile? Bien sûr que non! C'est le cas aujourd'hui, et ce sera pareil demain.

Malgré ce que dit la Commission, soutenir un aéroport régional est tout sauf une perte d'argent pour les collectivités. Regardons un instant du côté des retombées économiques (emplois, impôts locaux, croissance démographique et implantation de nouvelles activités). L'effet multiplicateur est immense: pour 1 euro dépensé, 20 euros de retombées, et parfois jusqu'à 100 euros. Où voit-on pareils retours sur investissement pour les collectivités? N'est-ce pas de la bonne gestion des deniers publics?

Le constat est clair: ce sont des atouts sans commune mesure pour les régions européennes. Mais ce sont des structures fragiles, qui ont besoin de flexibilité. Donnez-leur!

J'ai confiance en votre bon sens. Vous allez bientôt discuter, puis approuver ces nouvelles lignes directrices. Je suis persuadé que chacun d'entre vous a déjà une fois pris l'avion depuis ou vers un aéroport régional. Je suis même quasiment certain que la plupart d'entre vous viennent de régions qui comptent un ou plusieurs aéroports régionaux. Au moment d'aborder ce dossier, pensez à tout cela. Pensez aux employés que vous avez croisés et aux entreprises que vous avez vues et qui ne seraient pas là sans ces aéroports. Imaginez toute l'activité qu'il y a derrière et qui dépend directement de ces plateformes: tourisme, affaires, agriculture, implantations de nouvelles populations.

Ne vous trompez pas de cible. Arrêtons de nous le cacher: derrière cette réforme, ce sont les pratiques déloyales de certaines compagnies à bas-coûts que l'on vise. Mais les aéroports régionaux ne sont en rien fautifs de ces situations, parfois dramatiques. Alors, de grâce, épargnons-les afin qu'ils ne deviennent pas des victimes collatérales.

A la veille d'échéances politiques majeures, ne jouons pas le jeu des populistes! La colère gronde contre les Institutions. Tous les sondages le montrent. On accuse trop souvent l'Europe de fonctionner en roues libres, loin des réalités. Les citoyens et les entreprises ne comprendraient pas pourquoi l'Europe voudrait déstabiliser ces fabuleux outils de croissance, là où elle doit plutôt protéger son économie et ses territoires. Et je ne pourrai qu'abonder dans leur sens.

C'est parce que j'aime profondément notre projet européen que je vous lance cet appel. Il ne reste plus que quelques ajustements à faire au texte qui circule pour enfin trouver un bon compromis. Un compromis qui satisferait tout le monde. Ces modifications ne concernent que les aides au fonctionnement. Libre à vous de reprendre contact avec moi pour en discuter de vives voix.

Mesdames et Messieurs les Commissaires: rendons possible ce qui est nécessaire. Et remettons de la politique à Bruxelles. Car oui. Il s'agit bien d'un dossier politique!

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Source: Europolitique, publiée le 11 février 2014, http://www.europolitique.info/business-comp-tivit/mesdames-et-messieurs-les-commissaires-qu-allez-vous-faire-des-a-roports-r-gionaux-art359824-2.html