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Tribune de Franck Proust dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre

11 Novembre 2014 - « Pour les générations futures, préserver la paix. Pour les générations passées, ne jamais oublier »

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Nous sommes le 3 août 1914, le tocsin résonne dans les villes françaises. La France se mobilise. La guerre est déclarée.

Dès les premiers jours de ce conflit ce seront plus de 27 000 jeunes Français qui tomberont au combat. Notre pays restera à jamais meurtri par ce conflit sanglant dont nous commémorons cette année le centenaire.

«Ce ne sont pas des soldats: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine […] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés.» Cette citation d’Henri Barbusse, écrivain français, dans Le Feu, journal d’une escouade témoigne du caractère si particulier de cette guerre.

Nous sommes le 11 novembre 1918, l’armistice est signé, la guerre est terminée.

Ce conflit laissera des plaies béantes en Europe. Le bilan matériel est considérable, près de 800 000 immeubles détruits, 54 000 kms de routes à reconstruire, des milliers de ponts à rebâtir. Le bilan humain est quant à lui effrayant. La Grande Guerre aura fait 18 millions de morts, 6 millions d’invalides, plus de 4 millions de veuves et deux fois plus d’orphelins. La seconde guerre fut encore plus meurtrière laissant des régions entièrement détruites et des dizaines de millions de personnes mortes, blessées, ou déportées.

Nous sommes le 9 mai 1950, Robert Schuman , alors ministre des affaires étrangères français, propose la création d’une communauté européenne du charbon et de l’acier, entre les deux ennemis d’hier, la France et l’Allemagne. C’était pour lui « un moyen d'empêcher une nouvelle guerre, et de la rendre non seulement impensable mais aussi matériellement impossible ».

L’amitié Franco-Allemande, née de la réalité de la guerre, de sa brutalité, permit l’union de deux peuples que tout avait opposé depuis près d’un siècle. De cette entente naquit un formidable projet d’union économique et monétaire. Cette ambition engendra l’union progressive des pays du continent européen, sur le plan économique puis politique, afin de garantir une paix durable.

Nous sommes le 12 octobre 2012, l’Union européenne reçoit le Prix Nobel de la Paix.

Notre devoir aujourd’hui est de se souvenir que ces deux conflits meurtriers ont légué la paix comme le plus beau des héritages, l’Europe comme son plus grand symbole. Nous devons nous souvenir de ces hommes courageux, de ces femmes qui continuèrent à faire battre le cœur de notre nation, de leurs enfants, de nos parents ou grands-parents qui n’oublièrent jamais les affres de la guerre. C’est à eux qu’aujourd’hui nous devons la paix.  De leur souffrance est né un nouvel idéal.

L’Union européenne est le fruit de ces tragiques années qui ont régulièrement ensanglanté le continent. Cet espace de paix et de stabilité que nous tenons aujourd’hui pour acquis n’aurait pas pu voir le jour sans le sacrifice de toutes ces vies, mais aussi grâce à ces acteurs qui permirent de concrétiser l’espoir des peuples. 

Notre devoir aujourd’hui est de transmettre à nos enfants une paix qui apparaît de plus en plus fragile. Avec le décès de Lazare Ponticelli en 2008, dernier poilu français, les témoins vivants de ces guerres emportent définitivement avec eux les souvenirs de ce terrible passé.

Nous sommes le 25 mai 2014, les extrêmes arrivent en tête aux élections européennes dans de nombreux états membres.

Notre devoir aujourd’hui est de prouver que l’Europe est une chance, pas une contrainte. Mais face à une défiance grandissante, nous devons redoubler d’efforts. A nos enfants qui n’ont jamais connu la guerre, nous devons transmettre la mémoire de ces sombres événements afin qu’ils ne tombent jamais dans l’oubli. Nous devons permettre aux futures générations de comprendre la nécessité de préserver la paix, de défendre notre démocratie, et de se saisir de la chance européenne offerte par nos ancêtres.

Nous sommes le 11 novembre 2014, nous célébrons, ensemble, le centenaire de la première guerre mondiale, et aujourd’hui plus que jamais résonnent les mots prononcés par Victor Hugo au Congrès de la paix de 1849 « Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Petersburg et Berlin, entre Vienne et Turin qu’elle serait impossible et paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne…Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples… ».